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28 juin 2021
La lettre de XMP-Consult

Transition écologique, quel rôle pour le consultant indépendant ?

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Transition écologique ; cette locution devenue à la mode au cours de la dernière décennie s’éloigne progressivement du concept originel que l’on doit à Rob Hopkins sur la transformation des villes. Aujourd’hui, qu’est-ce qui se cache derrière ce nom ? Pour bien la définir, commençons par l’écologie.

Science des habitats, cette branche de la biologie étudie les interactions que les espèces vivantes entretiennent entre elles et avec le milieu naturel qui les héberge. Elle a progressivement alimenté les débats dans de nombreux cercles de réflexion. Son image vers le grand public s’est d’avantage diffusée à partir des années 1970 à travers les messages des partis politiques écologistes et leurs militants que par les études scientifiques qui relèvent de cette science du vivant.

Transition signifiant passage d’état à un autre, on entend par transition écologique le passage progressif d’un contexte dans lequel les réalités du vivant sont dissociées des affaires économiques à un contexte dans lequel elles sont intégrées. La transition écologique est un changement de paradigme économique et social, c’est-à-dire le passage de la logique de minimisation du coût monétaire immédiat – et de maximisation des profits de même sorte – à la logique de prise en compte des externalités naturelles dans les notions de coût et de profit. Quelle valeur a le pétrole sous terre non encore extrait ? Quel coût auront à supporter les générations futures à cause de sa combustion actuelle ? Quelle valeur a la forêt amazonienne en place ? Quel est le coût futur de sa destruction ? Quelle valeur ont les insectes polinisateurs ? Quel est le coût de leur remplacement par des techniques artificielles ? La liste des questions est immense. En adoptant la transition écologique, on ouvre progressivement les yeux sur le vrai socle de notre prospérité qui dépasse largement le cadre néoclassique du capital-travail.

Comme les partis politiques écologistes portaient un message en opposition avec le courant dominant, comme des mouvements contestataires s’y sont associés, avec des acteurs rarement bien formés aux bases de la discipline scientifique, souvent en marge de la société, parfois violents, l’image communément répandue de l’écologie reste pour le moment bien plus celle d’un perturbateur, que celle d’un sage conseiller. Le philosophe Pierre Charbonnier[1] nous le rappelle : « l’écologie ne nous rassemble pas, elle nous divise ». Traiter d’écologie dans le monde des affaires, même de façon rationnelle, c’est diviser, c’est déranger, perturber, car c’est introduire les résultats d’une science naturelle jeune – un peu plus d’un siècle – dans des habitudes aux racines bien plus anciennes, en amenant donc de nouvelles contraintes.

Ce qui s’accélère ces dernières années, c’est la prise de conscience des enjeux environnementaux par le grand public. De nouveaux mouvements de réflexion apparaissent parmi les citoyens, les choix de certains consommateurs commencent à évoluer. Parmi les contestations étudiantes, la préoccupation écologique occupe une place croissante, la demande d’une base de formation générale aux enjeux planétaires se fait entendre de plus en plus fort et l’enseignement supérieur évolue désormais en ce sens. Certains étudiants commencent à interpeller les grandes entreprises pour des emplois « verts », ils leur signifient qu’ils n’iront postuler chez eux que si la prise en compte de l’environnement est bien intégrée dans la stratégie d’entreprise.

Dérive climatique, pollution des milieux naturels, effondrement de la biodiversité, épuisement des ressources tant de matières premières qu’énergétiques, ces signaux d’alerte attisent les discours de crise appelant au sursaut écologique, trop radical pour qui n’est pas sensibilisé, pour qui n’est pas suffisamment informé. Mettons-nous à la place d’un dirigeant non initié à ces faits. Plongé dans le quotidien de son entreprise, pressé par les questions de coût monétaire immédiat, de résultats trimestriels, par les problématiques de taux de retour sur investissement dénuées de toute externalité environnementale, comment pourrait-il recevoir de tels discours alarmistes ? Surtout, comment les intègrerait-il à ses schémas de décision ? Quel lien ferait-il entre ces constats de désastre et les actions qu’il mène ? L’univers dans lequel il évolue n’y est pas connecté. N’est-il pas plus commode à cette place de céder au déni écologique ? Voilà une des raisons au balancier fréquemment observé entre les fortes annonces d’engagements pour l’environnement des grandes firmes et la rareté des actions concrètes au cœur de celles-ci. Certains observateurs dénoncent alors de l’écoblanchiment (greenwashing), mais à la place de ces mêmes dirigeants et dans les mêmes conditions, réussiraient-ils à agir autrement ?

Illustrons ce point-de vue par l’acte de bâtir.

Activité ancienne, la construction est profondément ancrée dans nos cultures. Si elle est une condition nécessaire à l’essor des transports et à la fluidité des échanges, elle est montrée du doigt pour l’effacement et la fragmentation des habitats naturels. Sur le plan économique, c’est un secteur parmi les plus significatifs et en même temps très consommateur de ressources naturelles. C’est également le secteur qui produit le plus gros tonnage annuel de déchets. En termes d’émissions de CO2, le secteur de la construction est régulièrement montré du doigt également. Comment se comporterait un dirigeant d’entreprise générale de bâtiment ou de travaux publics ? Le point de vue précédent montre la difficulté de se projeter dans la transformation des métiers. Pour prendre un exemple, considérons les impacts climatiques. Le plus gros poste d’émissions de gaz à effet de serre pour le BTP est avant tout dû à l’usage du béton, et dans le béton, c’est le ciment qui en est la cause, ou plutôt la fabrication du clinker. Nombreux sont ceux qui attendent l’arrivée d’un substitut au ciment Portland qui, sans rien changer aux habitudes, n’émettrait plus de CO2 pour sa fabrication. On peut espérer, mais la réalité, c’est qu’il faut avant toute chose réduire les volumes de béton mis en œuvre, en raisonnant différemment la planification de la construction, ce qui est au niveau étatique, mais aussi en abordant différemment les projets, pour une conception sobre.

Le conseil indépendant est celui qui, dans l’accompagnement du dirigeant, permet la contextualisation d’enjeux globaux au périmètre étendu de l’entreprise, ce qui signifie se préparer à prendre en compte les évolutions profondes de la société civile en dehors du périmètre direct de l’entreprise et au-delà des exigences légales et règlementaires. C’est typiquement le cas du scope 3 pour les gaz à effet de serre. Un appel à la réconciliation des grands enjeux du vivant et de la stratégie des entreprises commence à poindre ; un sage conseiller, détaché des intérêts directs d’une entreprise, peut apporter cette réconciliation avec une approche pragmatique. C’est là qu’un consultant indépendant capable de traiter de la question écologique a à jouer un rôle-clef.

La transition écologique approche de son momentum. Mais avant qu’elle ne devienne un « marché de masse », il y aura des étapes progressives dans le verdissement des activités des entreprises. A maturité il y aura une forte concurrence sur les mêmes sujets, les mêmes solutions de décarbonation ou de verdissement. Mais ce n’est pas encore le cas. Prendre en compte les enjeux, voire les contraintes de la transition écologique, n’est pas encore la norme. Alors tant mieux pour les entrepreneurs innovants, pour les visionnaires du sociétal et pour les quelques convaincus. Car agissant dès maintenant, considérant la transition écologique comme une opportunité, ils se préparent à prendre le lead sur leurs marchés ou s’en créer d’autres. Ils se créent de nouveaux espaces stratégiques qu’on appelle Océan Bleu[2]. Ils devanceront leurs concurrents, répondront aux aspirations de clients, de futurs salariés et des parties prenantes.

Ce sont autant d’appels à l’appui de conseils indépendants pour accompagner ce changement des entreprises, cette transition.

Clément Trigona
Consultant pour la transition écologique dans le BTP,
Membre de la commission de normalisation P01E ‘Développement durable dans la construction’ à l’AFNOR

Frédéric Ménard
Conseil en transition bas carbone,
Membre du comité scientifique et pédagogique du mastère immobilier et bâtiment durables de l'Ecole des Ponts ParisTech,
Président de Agir pour le climat

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[1] Pierre Charbonnier, tribune parue dans le monde du 14 mai 2020

[2] La Stratégie Océan Bleu est un paradigme d'une stratégie d'entreprise, exposé par W. Chan Kim et Renée Mauborgne, chercheurs au Blue Ocean Strategy Institute à l'INSEAD dans leur ouvrage Stratégie Océan Bleu : Comment créer de nouveaux espaces stratégiques. Les océans bleus sont constitués de toutes les activités n'existant pas actuellement. Celles-ci constituent donc un marché inconnu, non affecté par la concurrence. Dans les océans bleus, la demande est créée plutôt que conquise.


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